The architecture of intimacy: a bridge between acrylics and oils - Royal Talens
The architecture of intimacy: a bridge between acrylics and oils - Royal Talens

Le défi : les techniques mixtes à grande échelle

Lorsque Royal Talens m’a invité à explorer les techniques mixtes, ma première réaction a été la prudence. En tant que peintre me consacrant presque exclusivement à la peinture à l’huile sur toile, l’acrylique joue généralement un rôle secondaire dans mon atelier.

Cependant, cette proposition coïncidait avec la création d’une œuvre de grande taille (150 × 150 cm) pour la Galerie Bonnard à Nuenen. J’ai décidé qu’il ne s’agirait pas simplement d’une expérience, mais d’une évolution naturelle de mon processus : utiliser la rapidité et la polyvalence de l’acrylique pour établir une base solide sur un lin belge Claessens à grain fin, recouvert d’un apprêt universel. Ce support exceptionnel permet aux matériaux de mettre véritablement en valeur la profondeur finale des huiles.

« Éclosion » (150 x 150 cm). Le résultat final où la technique mixte soutient une composition de grand format sur du lin Claessens.

Dessiner pour comprendre : les marqueurs comme structure

Je ne considère pas le dessin comme une simple esquisse préliminaire, mais comme l’architecture qui soutient le tableau. Je ne m’approche pas progressivement de la tonalité et du volume par des couches de couleur ; au contraire, je vais directement à la structure par le dessin, puis je la reconstruis à travers la couleur et la matière.

Le processus commence par une esquisse légère au graphite, mais c’est avec les marqueurs acryliques Amsterdam que le tableau commence véritablement à prendre forme. Grâce au trait fluide et opaque de ces marqueurs, je redessine les structures principales sur la toile de lin, en marquant les zones de couleur, les changements de plan et les relations entre les éléments, les superpositions et les profondeurs. Dans une composition aussi dense et complexe, le trait du marqueur me permet de garder le contrôle avant que la couleur n’entre en jeu. Même après les premières couches d’acrylique, je reprends les marqueurs pour redessiner des lignes ou ajouter des accents graphiques.

La couleur venue de l’intérieur : la vibration du néon

L’un des aspects les plus intéressants de cette œuvre réside dans l’utilisation des peintures acryliques fluorescentes Amsterdam Standard. Je ne recherchais pas un effet décoratif ; l’intention était de créer une vibration interne. Appliqués directement sur le lin blanc belge, ces roses, rouges et verts néons brisent la froideur initiale du support, agissant comme une couche d'apprêt sélective. Cette énergie chromatique reste vivante sous la surface, réapparaissant de près comme de faibles pulsations latentes.

Le pont technique : Golden OPEN

Travailler sur une toile de 1,5 mètre avec des acryliques classiques s'avère difficile en raison de leur temps de séchage rapide. Les acryliques Golden OPEN ont été déterminantes : leur système à évaporation lente permet de travailler la peinture pendant plusieurs heures. En ajoutant quelques gouttes de médium à la peinture, celle-ci ne se dégrade pas et ne devient pas trop fluide. Cela m’a donné le temps nécessaire pour travailler des transitions harmonieuses sur la peau, en me concentrant sur des zones clés comme le nez, les lèvres et les yeux. De plus, leur forte concentration en pigments garantit une transition vers les huiles qui semble naturelle et homogène.

Science et stabilité : l'huile sur l'acrylique

On pense souvent que l'acrylique « tue » le grain de la toile et que l'huile n'adhère pas correctement en raison des processus de séchage différents (oxydation contre évaporation), ce qui entraînerait des craquelures ou un manque d'adhérence. Cependant, l’acrylique est un polymère microscopiquement poreux. Une fois sèche sur le lin Claessens, elle crée une surface « maigre » qui est idéale pour les huiles, conformément à la règle « gras sur maigre ». L’huile de Rembrandt s’ancre dans ces micropores, créant une liaison mécanique très stable. Du moins, c’est mon expérience ; je suis sûr qu’il existe des chimistes mieux informés qui pourraient ne pas être d’accord.

La peau et l’air : la touche finale avec les huiles Rembrandt

Une fois l’architecture de l’acrylique et du néon mise en place, la peinture à l’huile commence. Pour moi, c’est comme un retour aux sources. Alors que l’acrylique m’a permis de « fixer » les plans et de définir la stratégie, les huiles Rembrandt apportent cette respiration organique dont mon travail a besoin.

Les volumes étant déjà définis, je peux me concentrer entièrement sur le raffinement maximal du coup de pinceau et de la couleur. L’huile permet des coups de pinceau nets, décisifs et tranchants, travaillant l’empâtement avec une précision qui dialogue avec les « pulsations » du néon en dessous. L’huile ne se contente pas de recouvrir ; elle permet à la figure d’émerger avec un poids poétique et une physicalité réelle sur le noble tissage du lin belge.

Conclusion : Éclosion et alliance des matériaux

Le résultat final s’intitule « Éclosion ». Émerger peut être une explosion de forme, de lumière et, surtout, de couleur. Cette œuvre explore cet acte d’insistance silencieuse qui finit par s’imposer avec force ; une éclosion qui consiste à pousser vers l’extérieur même lorsque notre environnement semble oppressant, presque suffocant.

Au-delà du concept, cette expérience a confirmé que le mixed media ne consiste pas simplement à mélanger des matériaux au hasard, mais à comprendre l’alliance nécessaire entre eux : la précision structurelle des Amsterdam Markers, la vibration interne des Fluorescent Acrylics, la flexibilité temporelle du Golden OPEN et la profondeur définitive des Rembrandt Oils. Chaque couche de la toile de lin belge Claessens a été le témoin de la manière dont ces matériaux non seulement coexistent, mais se mettent mutuellement en valeur, permettant à la figure d’émerger avec l’authenticité et le souffle final que seul un véritable savoir-faire artisanal peut atteindre.

À propos de l'auteur

Alejandro « Ale » Casanova est un peintre et professeur d'art espagnol originaire de Valence, né en 1981. Il a étudié les beaux-arts à l'Université polytechnique de Valence et travaille à l'aquarelle et à l'huile, en se consacrant principalement au portrait contemporain et à la figure humaine. Ale est également ambassadeur de longue date de Rembrandt.

Lisez l'intégralité du blog sur Ale.

La création d'Eclosion